Ashoor Z.Moradian

Ashoor Z.Moradian

Batteur


Entretien exclusif de Gramusic avec le groupe Haman (Ashoor Moradian et Milad Jowzi)

Ashoor Zafar Moradian

Entretien exclusif de « Gramusic » avec le groupe « Haman »

(Ashoor Moradian et Milad Jowzi)

 

Gramusic : parmi les nombreux titres des médias et les multiples évolutions qu’a connues la musique de notre pays, l’une des plus réjouissantes est l’essor et la visibilité croissante du rock dans le paysage musical officiel et autorisé. C’est ce qui nous a conduits vers un groupe qui, après près de dix ans d’activité artistique, franchit aujourd’hui la dernière étape de l’autorisation officielle et dont nous verrons bientôt sortir le premier album. (septembre 2014)

Entretien réalisé par Alireza Zandieh et Arian Teymouri

Photos : Alireza Zandieh

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Ashoor Moradian : « Je cherche de nouvelles idées pour pouvoir innover »

Parlez-nous de Haman, de ses débuts à aujourd’hui.

Tout a commencé dans cette pièce devant laquelle vous êtes passés dans la cour. C’était à peu près à cette période de l’année, en 2003, au milieu de l’été 2003, que Haman a commencé à prendre forme, même si le noyau actuel du groupe s’est constitué en 2009. Pendant toutes ces années, nous avons réuni trois albums, dont aucun n’est sorti, parce que les goûts des membres ont évolué et que la formation a parfois changé. Aujourd’hui, nous travaillons sur un nouvel album qui sortira très probablement : nous en sommes à environ 60 %, et une partie des démarches administratives est déjà faite.

Quel était votre objectif en formant ce groupe ?

L’objectif était de prendre davantage de plaisir. Nous en étions arrivés au point où écouter de la musique ne nous suffisait plus ; par amour de la musique et des instruments, nous avons commencé à jouer et à faire des reprises. Quelques années plus tard, à mesure que chacun progressait et développait sa créativité, sa technique et sa réflexion musicale, nous nous sommes mis à produire et à composer nos propres morceaux.  L’une de nos difficultés au départ était de trouver des textes adaptés au rock iranien. Au début, nous faisions de la musique instrumentale, sans paroles.

Comment Haman définit-il le rock ?

Il faut revenir aux racines du rock. Le rock a été une révolution dans les années 1960 : il a complètement changé le mode de vie en Amérique. Il est passé de l’Amérique à l’Europe, puis est revenu d’Europe en Amérique, a conquis le monde entier et est resté la musique populaire mondiale jusqu’au milieu des années 1980. Ensuite, le rock a changé de forme et différents courants sont apparus. Le rock est une culture, une culture de paix, au point que pendant la guerre du Vietnam, après un rassemblement organisé en Amérique par des fans et des artistes de rock, le gouvernement américain a annoncé la fin d’une grande guerre. L’influence du rock  et sa naissance se voient après la Seconde Guerre mondiale, et c’est ce caractère pacifique du rock que j’aime. Mais aujourd’hui, chez Haman, nous abordons les choses sous un angle mystique et philosophique.

Dans ce contexte, comment définiriez-vous le rock iranien autorisé ?

Il faut voir ce que signifie vraiment « autorisé », à la fois pour ceux qui font du rock  et pour les groupes qui n’ont pas pu sortir leur album ni se produire en concert. Et s’il vous plaît, ne les appelons pas « underground ».

Il y a une certaine sévérité, due à la méconnaissance de certains responsables qui ont une mauvaise image du rock. Plus important encore, les producteurs ne s’y intéressent guère : s’ils investissaient dans le rock, le public le connaîtrait mieux, découvrirait qu’il existe du rock en Iran et s’y intéresserait sans aucun doute.

Bien sûr, tous ceux qui font du rock en Iran doivent en prendre soin bien plus que quiconque.

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Quelles restrictions vous impose-t-on pour les textes ?

Jusqu’ici, nous n’avons eu aucune restriction : nous travaillons dans un cadre défini. Les chansons que nous avons publiées ont été envoyées au ministère de la Culture (Ershad) pour autorisation et l’ont obtenue. Tant que les textes restent dans ce cadre, il n’y a pas de sévérité. Haman considère qu’il est né dans ce pays et, dans le cadre et les lois de ce pays, nous écrivons et chantons ce que nous avons envie de dire.

Pouvez-vous nous en dire plus sur  vos textes ? Selon vous, les paroles en persan se marient-elles bien, sur le plan phonétique et musical, avec les gammes du rock, ou bien y a-t-il un décalage qui fait sonner faux ?

Nous avons vraiment eu de la chance avec nos textes. En général, on compose d’abord la mélodie, puis on fait appel à des amis paroliers, mais nous avons posé très facilement des mélodies sur les textes de M. Alishiri. Hassan Alishiri a écrit des paroles en persan et en anglais pour notre prochain album.

Avant nous, beaucoup se sont tournés vers toutes sortes de poèmes, la poésie moderne ou même Rûmî et Hafez, avec de très bons retours ; j’aimais beaucoup cela, par exemple le groupe Ooham ou le groupe Mira, qui a même sorti un album autorisé. Nous avons eu la chance que Sina (le chanteur du groupe) ait un vrai talent d’écriture : « Envol » (Parvaz) et « Demain sera lumineux » (Farda-ye Roshan) sont de lui. Sur l’album, nous avons aussi utilisé des textes de  nos chers amis Hassan Alishiri, Keyhan Hekmat-Shoar et Sina.

Avez-vous des projets de clip ?

Il y a trois ans, nous avons tourné une vidéo qui n’est jamais sortie. Une vidéo de Haman figurait aussi dans une partie du film « Les Griffes du chant » (Panjeh-ha-ye Avaz), qui n’est malheureusement pas sorti non plus, mais la vidéo réalisée pour « Les Griffes du chant » est disponible sur le site officiel de Haman pour ceux que cela intéresse.

 

6La musique de Mazyar Fallahi a sa propre authenticité

 Vous faites partie des musiciens présents en permanence, et activement, à la fois dans la pop et dans le rock, alors que ce sont deux univers complètement différents. Comment l’expliquez-vous ?

Tout d’abord, aujourd’hui, pas seulement en Iran mais partout dans le monde, de nombreux musiciens  actifs dans différents styles  collaborent aussi avec des groupes et des chanteurs pop, et les rockeurs ne font certainement pas exception  à la règle.  J’ajouterais que dans les années 1960 et 1970, et pendant une partie des années 1980, on pouvait sans hésiter qualifier le rock de musique populaire  de l’époque.

 Ashoor Moradian a un univers entièrement rock, et tous ses goûts mènent au rock. Quand il joue dans le groupe de « Mazyar Fallahi », peut-on dire qu’il joue un rôle ?

Seulement du rock –  c’était à 15-16 ans.  Mes goûts ont évidemment évolué  au fil des années passées à écouter et à jouer de la musique.  Le rock reste ma musique préférée,  mais ces temps-ci j’écoute de la musique latine,  de la fusion – du funk – de la musique traditionnelle iranienne – de la pop européenne et américaine, et depuis peu je m’intéresse beaucoup à la musique électronique.

J’essaie d’en écouter davantage, car cela nourrit mon jeu et ma culture musicale, et je cherche de nouvelles idées pour pouvoir innover.

Quant à Mazyar Fallahi, j’aime sincèrement sa musique,  et il n’y a aucun rôle à jouer.

En tant que musicien, mon rôle est d’être au service de la musique, quel que soit le genre ou le style, et je suis heureux de jouer aux côtés de Mazyar une pop saine et originale. J’y ai acquis une très belle expérience.

Avez-vous déjà essayé d’injecter du rock dans la musique de Mazyar Fallahi ? Avec quel succès ?

Jamais  – car sa musique porte l’authenticité propre de Mazyar Fallahi et, comme je l’ai dit, un musicien doit en toutes circonstances être au service de la musique.

Le rock vit en ce moment une période très animée (du moins plus visible qu’auparavant) : prolongations des concerts d’Ooham et de Comment Band, etc.… et albums officiels qui rencontrent un large succès. Mais Haman se fait discret. Peut-on dire qu’après ce silence, vous préparez quelque chose de spécial ?

Dieu merci, grâce aux changements intervenus au Bureau de la musique, etc.… ce style de musique dispose aujourd’hui de plus d’espace.

Naturellement, nous sommes actifs nous aussi.  Comme je l’ai dit, nous enregistrons notre album et, en parallèle, les démarches administratives pour obtenir l’autorisation suivent leur cours.

Nous avions des singles prêts à sortir, mais les membres du groupe ont décidé de sortir plutôt l’album.

Pour les concerts, si Dieu le veut, nous déciderons après la sortie de l’album.

Je tiens aussi à remercier ici M. Mehdi Mirzabagherian,  directeur de l’institut Avaye Sooteh Delan, éditeur de l’album, pour tout son travail.

Avez-vous joué en live ou collaboré avec d’autres groupes ?

Jusqu’ici, nous avons sorti 4 morceaux. En 2011, nous avons partagé une date avec le groupe Mavara.

  Parlez-nous des morceaux « Demain sera lumineux » (Farda-ye Roshan) et « Rêve » (Roya).

« Demain sera lumineux » est un morceau que le groupe a sorti en 2012 pour les enfants victimes du séisme d’Azerbaïdjan.  « Sommeil » (Khab), sorti par erreur sous le titre « Rêve » (Roya),  est une chanson d’amour de Haman dont les paroles et la mélodie sont inspirées des souvenirs d’un de nos amis.

 Quand Haman commence un nouveau morceau, à quoi pensez-vous et que cherchez-vous ?

L’un des éléments qui façonnent la musique, ce sont des paroles justes et fortes,  capables de rassembler une belle mélodie autour d’elles. Nous essayons de visualiser les choses  et d’accorder notre état d’esprit aux paroles,  et puis il y a bien sûr la connaissance musicale…

Je ne peux pas en dire plus, sinon je dévoilerais l’histoire de l’album  :D

Quels styles de rock aimez-vous, et desquels vous êtes-vous inspirés ?

Hard Rock  – Heavy Metal – Space Rock – Progressive  et, au bout du compte, tout ce qui sonne bien.

Nous avons essayé de faire une musique « à la Haman ».

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 Dès qu’un morceau marche ou qu’un artiste ou un groupe réussit, tout le monde s’empresse de dire que ce groupe n’est qu’une copie de telle ou telle musique. Haman a-t-il l’expérience des reprises ?

À mon avis, cet état d’esprit n’est pas juste, car il existe dans la musique du monde de nombreux modèles établis et élégants que chacun a le droit d’utiliser – mais seulement comme modèles !!!

À la formation du groupe, nous faisions des reprises de groupes comme Eloy, Camel et Pink Floyd. À l’époque, nous n’avions rien à produire : notre but était de jouer et, au fond, de prendre plaisir à la musique. Mais avec la formation actuelle, nous n’avons fait aucune reprise  et nous avons essayé de créer notre propre musique,  qui porte pour ainsi dire la signature de Haman.

Les reprises sont courantes partout dans le monde, et même beaucoup de grands noms  en font parfois. Avez-vous l’intention d’en faire à l’avenir ?

Voyez-vous, reprendre et copier sont deux choses très différentes : nous puisons des idées. Encore aujourd’hui, quand je suis seul, mon entraînement consiste à m’asseoir dans un coin et à jouer les morceaux que j’aime, ou à jouer avec des amis nos morceaux nostalgiques. Mais cela ne veut pas dire que nous allons mettre des paroles persanes sur « Hotel California », la chanter  et la présenter comme une nouvelle chanson de Haman…

Avez-vous cherché à protester à travers votre musique ?

Si vous écoutez attentivement notre musique, vous verrez que nous abordons les questions intérieures et introspectives de l’être humain.

Vos morceaux ne sont donc pas très engagés socialement ?

Non, ils parlent plutôt de l’intériorité de chacun.

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Parmi les grands groupes de rock classique, lesquels avez-vous pris comme modèles ?

À mon avis, tous ces groupes peuvent être des modèles pour nous, car ils ont réussi et proposé une excellente musique, au point que ce genre est devenu la musique populaire de son époque.

Pensez-vous connaître un destin à la Pink Floyd, ou continuer sur votre lancée pour toujours ?

Le parcours de Pink Floyd a toujours été, et reste, le rêve de nombreux musiciens,  et c’est vraiment comme un rêve.

 Aimeriez-vous créer votre propre style de fusion ? Ou proposer une musique nouvelle en ajoutant un instrument ou un élément inédit ? Ou êtes-vous un groupe traditionnel qui respecte les règles ?

Un style de fusion ?!!!!!!

Nous cherchons bien sûr la nouveauté, dans la musique comme chez Haman, et nous accueillons tout ce qui peut y contribuer.

Comment voyez-vous l’avenir de Haman ?

Nous espérons qu’il sera fait de succès et d’une musique agréable et saine.

 Le mot de la fin ?

J’aimerais présenter les amis de la famille Haman avec qui j’ai l’honneur de travailler, et les remercier pour leur travail :

Sina Mousavi  – chant – compositeur et parolier

Amir Ahmadi  – guitare  et composition

Afshin Aram – claviers, synthétiseur et ingénieur du son

Milad Jowzi – guitare basse

Merci à vous,  et bonne continuation.

Merci de nous avoir accordé votre temps.

 

Milad Jowzi : « Arash Moghaddam » et « Dara Daraei » sont mes modèles, sur le plan technique comme sur le plan humain.

Pourquoi avez-vous rejoint ce groupe ?

Eh bien, les musiciens ont besoin d’être ensemble. Après avoir joué un certain temps et trouvé son style, on cherche des musiciens qui pensent comme soi pour jouer ensemble, reprendre les musiques qu’on a aimées et composer de nouveaux morceaux, afin d’obtenir un résultat pur et de qualité.

Le but d’un groupe – créer de la musique et la jouer – est celui de chacun de ses musiciens. On ne progresse jamais en jouant seul et en déversant ses idées dans un coin de sa chambre. C’est particulièrement vrai de mon instrument et de celui d’Ashoor (la batterie et la basse), qu’on n’entend pas beaucoup seuls ; pour le grand public, ces deux instruments ne signifient pas grand-chose à eux seuls,  c’est pourquoi bassistes et batteurs cherchent généralement à collaborer au sein d’un groupe.

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 Quand vous jouez seul, dans la peau de qui aimeriez-vous être ? Sur quelle scène vous imaginez-vous ?

C’est une question difficile, car un musicien n’a pas un seul modèle ; il y en a peut-être un plus proche, mais ce n’est pas le seul. Personnellement, j’aimerais beaucoup être à la place de mon professeur, car c’est le plus accessible pour moi. Arash Moghaddam et Dara Daraei sont aussi des modèles pour moi, sur le plan technique comme humain.

Côté style, n’auriez-vous pas aimé être « Jim Morrison » ?

Écoutez, dans mes rêves, il y a d’abord « Dara Daraei », que j’aime beaucoup ; puis, parmi les musiciens étrangers, « Victor Wooten » ou « Marcus Miller », et peut-être « Alain Caron ».

Maziyar Falahi (28)Sur scène, vous restez en retrait, mais vous êtes très énergique.

Parce que mes premiers styles étaient rock et que tous les musiciens que je regardais étaient des rockeurs. Mon frère et moi avons d’ailleurs fait un album rock : les arrangements sont terminés et il sortira d’ici un mois. Comme les musiciens que je regardais beaucoup dès le début, et que j’adorais, étaient ainsi, j’ai gardé ce style – bottes noires, pantalon noir moulant, T-shirts imprimés, bracelets, etc. – et je suis très énergique sur scène.

Je dois aussi dire que sur scène, il ne faut pas se focaliser sur les détails : il faut être attentif à tout – au chanteur, aux autres musiciens, au public, à tout. Cette expérience ne s’acquiert pas en quelques concerts : il faut monter sur scène très souvent pour qu’elle cesse de vous impressionner.

 La réglementation iranienne et le ministère de la Culture (Ershad) ont autorisé vos textes et votre musique. Comment vivez-vous ce système d’autorisation ?

Oui, c’est la situation en Iran.

Ashoor : Eh bien, voyez-vous, c’est une bonne chose : cela empêche beaucoup de musique médiocre  et de mauvaise qualité.

Milad : Si j’étais chargé de délivrer les autorisations,  je les ouvrirais à tous les styles, afin qu’une concurrence culturelle saine s’installe entre les différents genres musicaux.  Je pense que cela favoriserait l’essor de la musique dans le pays et répondrait aux attentes de tous les goûts.

Si vous suivez l’histoire du rap, vous ne pouvez que les admirer. Quand un groupe de rap publie après dix ans une vidéo qui n’est qu’une interview et qu’elle obtient malgré tout  énormément de vues et un large écho, il faut les admirer.

Le seul reproche que l’on puisse faire aux autorisations, c’est qu’elles devraient concerner tous les styles et permettre les concerts.

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Avez-vous pu rencontrer en personne certains de vos artistes préférés ou de vos modèles ?

Malheureusement, je n’ai pas eu l’occasion de voyager pour les voir, eux, leurs concerts ou même leurs master classes. J’espère que l’occasion se présentera.

James Hetfield, Pink Floyd et Michael Jackson faisaient partie des artistes que j’ai toujours rêvé de voir. Quand j’étais étudiant, des amis ont fait un voyage en Amérique au cours duquel ils ont rencontré « James Hetfield ». J’avais préparé un T-shirt sur lequel j’avais écrit des paroles de James, pour que mes amis le lui remettent et me le rapportent signé. Malheureusement, à cause de problèmes survenus sur le chemin du retour en Iran, ce T-shirt ne m’est jamais parvenu.

Quelle question auriez-vous aimé qu’on vous pose ?

J’aimerais qu’on m’interroge davantage sur la musique et sur mon instrument.

Et votre réponse ? 

C’est un instrument sans longue histoire – peut-être 50 ans – dont l’inventeur est Leo Fender. Ce n’est pas un instrument mélodique et il n’est pas sous les projecteurs, mais il est indispensable, même si tout le monde ne l’entend pas. Le grand public ne le remarque pas : c’est un instrument dont on ne sent pas la présence, mais dont l’absence dans un orchestre se fait cruellement sentir.

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