Ashoor Z.Moradian

Ashoor Z.Moradian

Batteur


Nous sommes très Pink Floyd… mais nous ne faisons jamais de reprises…!!!

Ashoor Zafar Moradian

 Nous sommes très Pink Floyd… mais nous ne faisons jamais de reprises…!!!

 Mim Mesle Musighi (M comme Musique) – Amirhooshang Amirshekari :

– En quelle année Haman a-t-il commencé ?

Nous avons commencé en 2003. Aucun des membres d’origine n’est encore avec nous, sauf Afshin Aram (claviers), qui a rejoint Haman en 2004.

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– Pourquoi avoir appelé le groupe “Haman” ?

Tout à fait par hasard. Nous cherchions vraiment un nom…

– A-t-il une signification particulière ?

C’est simplement un nom. Nous voulions un nom persan, alors nous avons choisi Haman.

– Pouvez-vous nous présenter tous les membres du groupe ?

Bien sûr…

Afshin Aram tient les claviers et le synthétiseur au sein d’Haman. Il arrange et compose de la musique électronique et a publié beaucoup de travaux… C’est aussi un ingénieur du son très réputé et officiellement reconnu dans l’industrie musicale iranienne, et son nom figure sur de nombreux albums pop…

Sina Mousavi est titulaire d’une licence de musique de la faculté des beaux-arts de l’université de Téhéran et chante dans le chœur de Téhéran, entre bien d’autres activités… Son instrument de prédilection est la guitare, et il a aussi étudié le chant.

Amir Ahmadi, qui comme Sina Mousavi est titulaire d’une licence de musique de la faculté des beaux-arts de l’université de Téhéran, est guitariste de formation et participe au groupe en tant que compositeur et guitariste.

– Et vous, vous êtes le batteur, bien sûr ?! (rires)

Oui, moi je suis le batteur (rires). Et enfin Milad Jowzi à la basse  (qui a joué avec moi dans l’orchestre de Mazyar Fallahi et avec beaucoup d’autres chanteurs).

– Quel était le but en fondant ce groupe ? Des musiciens professionnels qui voulaient… ?

Non, il n’était pas question d’être au top ou d’être professionnels ! Nous étions beaucoup plus jeunes, nous avions 20 ou 21 ans quand nous avons formé le groupe et commencé à travailler, et il est né uniquement de notre passion pour ce style.

– Quel est votre style ? Le rock ?

Au début, c’était du space rock. Puis ça a un peu changé : à une époque où tout le monde ne rêvait que de rock technique, nous nous sommes mis au rock progressif. Ensuite, avec les changements de line-up, le son a évolué, et aujourd’hui nous jouons encore un peu de space rock, mais surtout du pop rock, pour toucher un public plus large ; la structure de la musique actuelle a d’ailleurs changé dans son ensemble…

– Quels ont été vos modèles dans ce style de musique ?

Pink Floyd. Nous sommes très Pink Floyd (rires !!!). Si Amir jouait maintenant dans l’une de ces pièces sans que vous le voyiez, vous croiriez que quelqu’un joue du Pink Floyd… c’est dire à quel point nous penchons vers Pink Floyd !!!

– En général, on fait beaucoup moins de rock que de pop en Iran.  Pourquoi le rock y est-il si peu présent ? Certains groupes travaillent encore dans l’underground ! Le rock n’est pas encore monté sur scène ni arrivé sur le marché de la musique. Est-ce parce qu’il a peu de fans, ou parce qu’on ne s’y est pas intéressé ?

Écoutez, je l’ai dit partout :  le terme « underground » n’est pas juste… Disons plutôt que les autres groupes n’ont pas eu l’occasion de présenter leur travail… Dieu merci, la situation est un peu meilleure aujourd’hui ; certains groupes se produisent dans le cadre de concerts de recherche… mais ils doivent atteindre un certain niveau avant de pouvoir présenter leur travail.

C’est une bonne chose que les groupes  puissent exercer légalement, et à mon avis toute œuvre dont les paroles et la musique sont à la hauteur mérite une autorisation de diffusion et de concert.

Quant à la raison pour laquelle ce style compte moins d’albums et de concerts que la pop, etc.… c’est que le public, et nos artistes eux-mêmes, connaissent encore mal ce genre de musique. Et j’ai un reproche à faire aux producteurs…

Les producteurs cherchent une musique populaire et rentable dans laquelle investir. Mais s’ils faisaient confiance à ce style et y investissaient, ils obtiendraient sûrement des résultats. L’une des raisons pour lesquelles ce style est si peu visible, c’est que les producteurs n’investissent pas ; c’est pourquoi les groupes se tournent vers le pop rock pour toucher un public plus large. Comme nous… nous voulons attirer davantage d’auditeurs, et quand le public grandira, les sponsors et les investisseurs viendront sûrement à ce style pour organiser des concerts.

– Et les changements intervenus au ministère de la Culture et à son bureau de la musique ? Pensez-vous qu’ils aideront la musique à se développer, en particulier ce style ?

Dieu merci, les changements que j’ai vus jusqu’ici ont profité à tout le monde…

Partout dans le monde, la musique est comme un arbre dont les différents styles sont les branches : si les racines et le tronc se fortifient, les branches en profitent forcément…

– Par rapport à il y a dix ans, les gens connaissent-ils mieux le rock et ses différentes branches, ou bien… ?

Oui, beaucoup de choses ont changé. Chez moi, l’ambiance était un peu différente… mais les grands-mères de mes amis qui venaient jouer avec moi les réprimandaient (rires)  en leur disant : « Tu veux aller adorer le diable ?!!!! »

Mais cette idée fausse a existé partout dans le monde, et existe encore ; elle s’est dissipée avec le temps.

 

– Je pense que la musique est l’art le plus influent. Qu’en pensez-vous ?

À 100 %. Je crois que je dois faire des recherches sur tout ce que je fais. Si je veux être musicien, je dois comprendre pourquoi les gens écoutent de la pop, pourquoi ils écoutent du rock… il faut connaître la société. En dehors de la religion, qui élève l’être humain, la musique l’élève inconsciemment, sans que personne ne le lui dise, parce qu’elle a une belle sonorité, touchante, et qu’elle apaise…

– Je crois qu’il n’y a personne qui n’écoute pas de musique, non ?!!!

Oui, tout le monde en écoute. Beaucoup de religions ont même utilisé la musique à leur avantage : la musique est entrée à l’église, par exemple… et si l’on prête attention au Coran, sa récitation est mélodieuse et suit les modes de la musique persane (les dastgah)…

– Malgré tout, la musique n’a pas encore atteint la situation idéale qu’elle devrait, et les gens ne connaissent toujours pas beaucoup de styles, n’est-ce pas ?!!

Non, ils ne les connaissent pas, parce qu’il y a peu d’informations et aucune communication. Nous espérons que cela changera… les médias devraient davantage soutenir la musique !

– Quelqu’un fait-il du rock en Iran en ce moment ?

Non… pour l’instant, la culture d’écoute iranienne n’a pas de place pour ça… et bien sûr il n’y a pas non plus de rock pur, car si l’on regarde l’évolution de la musique, chaque décennie a eu son style populaire.

Par exemple, les années 1960 et 1970 ont été l’âge d’or du rock, puis sont venus le funk rock, le disco, etc.… et dans les années 1980, le  heavy metal était officiellement la musique populaire du public.

– Vous avez un projet d’album et vous êtes en studio. En êtes-vous aux dernières étapes ?

Oui, vous nous trouvez en plein enregistrement, mais nous n’en sommes pas encore à la fin. Nous avons commencé, mais comme tout le monde est professionnel, chacun est très exigeant, ce qui est très bien à mon avis. Si cela a pris du temps, je pense que vous entendrez un bon travail…

 

– L’album va-t-il sortir ?

Dieu merci, nous avons obtenu les autorisations pour nos paroles. M. Mehdi Mirzabagherian s’est beaucoup investi, et nous lui avons confié toutes les responsabilités, ainsi qu’à Avaye Sooteh Delan… Je pense que, selon le planning du groupe, nous terminerons l’enregistrement d’ici la fin de l’année ; les étapes suivantes relèvent du ministère de la Culture et de la procédure d’autorisation de l’album dans son ensemble…

– Et ensuite, vous vous préparerez pour la scène et les concerts ?

À 100 %. Mais nous ne pourrons certainement pas faire 20 dates à Téhéran comme les artistes pop (rires) !!! Nous essaierons d’organiser une ou deux dates pour nos fans, que nous aimons beaucoup.

– Je crois que lorsqu’on fait quelque chose, il faut l’aimer. Si vous deviez choisir entre la pop, la musique traditionnelle et le rock, lequel choisiriez-vous ?

Le rock, sans hésiter.

– Alors pourquoi jouez-vous dans des groupes pop ?

C’est à la fois une affaire de métier et de passion. D’abord, je suis heureux de jouer dans un groupe pop dont la musique est différente des autres, sans vouloir être mal compris… mais le groupe de Mazyar Fallahi joue une musique vraiment élégante, agréable et d’un haut niveau, et je suis heureux de travailler avec le meilleur chanteur pop.

J’ajoute que 80 % des musiciens qui jouent aujourd’hui pour nos chanteurs professionnels ont, d’une manière ou d’une autre, une passion pour le rock dans ses différents genres.

Pour les autres styles et la musique traditionnelle,  je dois dire que je suis un fervent admirateur du maître Shajarian et de M. Nazeri…

 La bonne musique vaut toujours la peine d’être écoutée…

– Donc, si vous écoutiez de la musique seul chez vous, vous pourriez mettre des chansons de Mazyar Fallahi ?

Oui, à 100 %, j’en écoute.

Même si nous avons joué toutes ces chansons tant de fois, il y a 3 chansons de Mazyar que j’aime vraiment et que j’écoute tout le temps : “Je t’aime” (Toro Doost Daram), “Je t’aime à en déborder” (Doost Daram Laba Lab) et “Pour Baran” (Baraye Baran). Je pense que « Pour Baran » est l’une des meilleures chansons en Iran aujourd’hui ; je la mets à part…

 

– Selon vous, le rock instrumental a-t-il plus d’impact que le rock chanté ?

Malheureusement, la mélodie n’a pas l’impact des paroles. Tant d’années ont passé, et pourtant tout le monde chante encore “Cheshm-e man bia mano yari bokon” (« Mon amour, viens m’aider »). Beaucoup ne savent même pas qui l’a chantée ni qui l’a arrangée… mais ils se souviennent des paroles.

Pour les paroles de cet album, nous avons 6 textes de M. Hassan Alishiri, qui est un très bon ami, 1 texte de Keyhan Hekmat Shoar et 3 textes de Sina, le chanteur du groupe.

Je tiens à remercier tout particulièrement Hassan Alishiri, qui a eu la gentillesse  de nous confier, à moi et à Haman, ses meilleurs textes, que les grands noms de la musique du pays lui réclamaient.

– Qu’est-ce qui rend le travail dans le rock plus difficile que dans la pop ?

Si l’on revient un peu en arrière, on voit que le premier et le plus grand problème, c’est que les jeunes qui font du  rock n’ont pas de soutien ni de lieu pour répéter,  et n’ont peut-être même pas d’instrument correct. Ils vivent peut-être dans une ville reculée, mais ils ont du talent et des capacités…

L’étape suivante… les “paroles” – c’est là que ça devient plus difficile… parce qu’il y a un cadre : quand on écoute du rock, on s’attend à des paroles profondes et pleines de sens, portées par une musique riche…

– Parce que c’est du rock, les paroles doivent-elles être très recherchées, obscures et difficiles ? Ou faut-il, comme d’autres artistes de ce style, utiliser des poèmes de Hafez, de Rûmî, etc.… ?

Non !!! Une idée fausse s’est installée, selon laquelle les paroles doivent être lourdes ou politiques… pas du tout. Cela dépend de chacun et de ce qu’il veut. Beaucoup de grands artistes rock dans le monde ont des chansons d’amour, Jim Morrison par exemple, que tout le monde connaît et dont les livres ont été publiés dans notre pays. M. Morrison lui-même, l’une des légendes du rock mondial, est connu pour ses chansons d’amour…

– Ne serait-il pas préférable, pour attirer les producteurs vers le rock, d’interpréter par exemple des poèmes de Hafez ? Ainsi, la génération précédente écouterait aussi, attirée par une poésie qui lui est chère et nostalgique, sur une musique nouvelle…

Ce n’est pas nouveau. M. Shahram Sharbaf l’a fait en 1997-1998 avec le groupe Ohaam. J’ai collaboré avec lui sur un projet ; c’est un musicien très cultivé et d’un goût excellent.

– Voulez-vous que votre public vienne de tous les horizons ?

Nous essayons de plaire à tous  les goûts, parce que c’est plus agréable ainsi.

– Aujourd’hui, tout le monde chante des chansons de chagrin d’amour (rires), etc.… il y a beaucoup d’œuvres de ce genre, qui ne séduisent pas vraiment la génération précédente ! Qu’en pensez-vous ?

Écoutez, ce qui compte, c’est la signature du chanteur sur son travail. Mazyar Fallahi chante l’amour, par exemple, et sa signature est sur ses œuvres ; celle de M. Yeganeh est sur les siennes… Nous voulons que ceux qui écoutent notre musique se disent : c’était Haman, c’était du rock à la Haman… !!!

– Dans la pop, il y a aujourd’hui des artistes qui ont repris des morceaux de groupes étrangers. Avez-vous un modèle, ou pourrait-il y avoir des reprises dans votre travail ? Dans quelle mesure votre musique ressemble-t-elle à celle de Pink Floyd ?

Notre tâche est un peu difficile, car nous ne voulons pas leur ressembler. Ce sont nos modèles, mais nous ne voulons ni les imiter ni les reprendre…

Mais pour ce qui est des reprises, beaucoup de groupes dans le monde… Clapton, par exemple, a repris (réinterprété)  un morceau de “Bob Marley”, et tous deux sont les meilleurs dans leur style… Tout le monde a repris tout le monde : les nouveaux groupes ont repris les anciens, etc.…

– Il y a une grande différence entre reprendre en le cachant et annoncer ouvertement qu’il s’agit de reprises, non ?!!!!

Je ne peux pas me prononcer (rires)
Il faut être honnête  et se mettre à la place de celui dont l’œuvre a été copiée… !!!

– Vous avez parlé du parcours de tous les membres du groupe, mais pourriez-vous en dire plus à votre public sur vous-même et votre famille ?

J’ai étudié la programmation informatique et j’ai une formation universitaire en prise de son, que je dois en grande partie à l’ingénieur Ord Enzabipour. Je suis membre de l’association des ingénieurs du son de la Maison de la musique d’Iran et concepteur de la seule batterie électronique iranienne au monde. Mon père était batteur dans les années 1960 et 1970, et je suis heureux de suivre ses traces…

– À quel âge avez-vous commencé à jouer ?

À 20 ou 21 ans ; j’ai commencé un peu tard… Jusqu’à 20 ans, je ne faisais qu’écouter de la musique, mais cela ne me suffisait plus et il fallait que je joue (rires)…

– Pourquoi avoir choisi la batterie ?

Eh bien, mon père était batteur. J’ai été attiré par la batterie rien qu’en regardant ses photos ; nous n’avions même pas d’instrument à la maison. Et bien sûr à cause de mon immense admiration pour “Nick Mason” (rires) !!!

– Quand vous avez voulu vous lancer dans la musique, votre famille vous a-t-elle encouragé ou dissuadé ?

Vu la situation à l’époque, mon père avait peur que je me lance dans la musique, parce qu’il pensait que ça ne marcherait pas et que je n’irais nulle part. Mais Dieu merci, de bonnes choses sont arrivées à la musique au fil des années, et j’espère que ce sera encore mieux…

– Comment Ashoor Moradian voit-il l’avenir du rock ?

J’espère que l’avenir du rock iranien sera radieux, car nous entendons aujourd’hui des œuvres de musiciens du pays qui sont vraiment admirables…

– Ashoor Moradian est-il croyant ? Quelle est l’atmosphère de l’album ? Y a-t-il des textes religieux ou sociaux ?

J’ai mes propres convictions religieuses, et je considère la foi en Dieu et en Sa grandeur comme la clé  de ma réussite.

 Sur cet album, nous avons à la fois des textes sociaux et mystiques…

L’album aborde surtout des thèmes intérieurs et introspectifs de l’être humain, enveloppés d’une dimension mystique.

– Pour conclure, y a-t-il quelque chose qui vous tient à cœur ?

 J’espère que viendra le jour où les responsables et les producteurs de musique du pays feront confiance au rock…

Photo : Amirhooshang Amirshekari

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