Ashoor Z.Moradian

Ashoor Z.Moradian

Batteur


« Pink Floyd », le point de départ de « Haman »

Ashoor Zafar Moradian

Pourquoi, alors que vous saviez que faire du rock en Iran, qui plus est dans la légalité, pose beaucoup de difficultés, avez-vous tout de même choisi ce style ? La formation actuelle restera-t-elle stable ou connaîtra-t-elle encore des changements ?

C’était avant tout une passion personnelle, et bien sûr l’influence que cette musique a exercée sur moi depuis l’enfance. Cette influence vient du fait que mon père était musicien et écoutait toujours ce genre de musique à la maison. Et le rock, avec sa musique riche et ses textes porteurs de sens, me nourrit spirituellement. Naturellement, tous les membres du groupe aiment aussi ce style et y sont venus un peu comme moi.

Quant aux autorisations, j’ai obtenu en 2004 la première autorisation pour un album du groupe, avec l’ancienne formation. Je ne suis pas d’accord quand on dit que ce style n’obtient pas d’autorisation : on peut faire du rock en Iran au grand jour, sans être underground, si tout se fait dans les règles. On peut même obtenir une autorisation seul, sans maison de disques. Même si beaucoup y étaient opposés, j’ai obtenu une autorisation pour le groupe ; mais lorsque les anciens membres sont partis, nos idées et notre façon de jouer ont pris une nouvelle forme avec les nouveaux venus, et nous n’avons pas donné suite à la sortie de l’album.

 

« Pink Floyd », le point de départ de « Haman »

 

Dans un groupe, on ne peut jamais garantir que tout le monde restera ; nous avons connu beaucoup de changements en 10 ans. Mais j’espère que cette fois les membres resteront ensemble, car c’est une équipe qui fonctionne et nous avons sans aucun doute réuni les meilleurs.

- Où en est Haman dans la production de son album ? Votre album est-il exclusivement rock, ou comporte-t-il d’autres styles ?

Les textes ont reçu leur autorisation et l’enregistrement a commencé. Nous avons signé avec la société Avaye Sooteh Delan, dirigée par Mehdi Mirzabagherian, l’un des bons musiciens du pays, qui s’est montré très généreux envers le groupe jusqu’ici, et il nous a grandement facilité les démarches d’autorisation que nous faisions auparavant nous-mêmes .

La composition revient surtout à Sina et Amir, et les arrangements se font en groupe, chacun apportant sa contribution ; nous enregistrons dans notre propre studio (Dolby). La plupart des textes de l’album sont signés Hassan Alishiri, un vieil ami qui nous a beaucoup aidés : bien des compositeurs et chanteurs plus établis et plus connus auraient sans doute voulu ces textes, mais il a eu la générosité de les confier à Haman.

Pour revenir un peu en arrière, à nos débuts, notre idée était le « Space Rock  », à la manière de Pink Floyd, un groupe que nous adorions tous. Au début, nous reprenions même leurs morceaux. Avec le temps, nos goûts ont évolué. Nous nous sommes tournés vers une musique plus technique, comme notre morceau « Mercredi du feu » (Chaharshanbe Suri), qui correspondait à peu près à ce que nous aimions tous alors : la musique dominait et il n’y avait pas de paroles. Puis nos points de vue ont un peu changé, et aujourd’hui nous faisons de la pop rock plutôt que du rock pur. Personnellement, je ne pense pas que quelqu’un fasse encore du rock pur en Iran. Il y a bien sûr des amis, que je ne veux pas qualifier d’underground, qui jouent du metal, etc., mais le goût du public d’aujourd’hui va vers la pop, la pop rock et une musique équilibrée qu’on peut écouter à tout moment, et nous respectons ce choix.

Combien de morceaux Haman a-t-il sortis officiellement jusqu’ici ? Le groupe a-t-il déjà joué en live ? 

Quatre morceaux depuis 2007 : dans l’ordre, un instrumental intitulé « Mercredi du feu » (Chaharshanbe Suri), puis « Envol » (Parvaz), « Demain sera lumineux » (Farda-ye Roshan) et « Sommeil » (Khab), sorti par erreur sous le titre « Rêve » (Roya). En écoutant la musique du groupe, vous percevrez exactement ces changements et notre évolution progressive vers le goût du public.

Oui, nous avons donné une représentation « de recherche » en 2011, mais maintenant que nous avons l’autorisation pour l’album, nous jouerons dans des salles plus adaptées à notre style, comme la salle Farabi et la salle Ivan-e Shams.

Comment voyez-vous l’avenir de Haman ?

J’essaie de voir l’avenir du rock iranien à travers notre groupe. Si le rock a un bel avenir, si cette musique qu’on qualifie aujourd’hui de « spéciale » a un bel avenir, alors celui de Haman sera forcément beau lui aussi. Notre musique s’adresse d’abord aux musiciens et aux critiques, puis au grand public. Notre objectif est de convaincre d’abord les musiciens, puis le grand public, qui nous a jusqu’ici réservé un accueil très chaleureux dans toutes les tranches d’âge et tous les goûts .

- Un dernier mot ?

J’espère que Haman et sa musique sauront répondre en partie aux besoins musicaux et émotionnels de la société.

 

« Pink Floyd », le point de départ de « Haman »

 

« Pink Floyd », le point de départ de « Haman »

 

« Pink Floyd », le point de départ de « Haman »