Entretien de Ideal Music avec Ashoor Moradian / « Travailler avec Mazyar Fallahi, c’est une affaire de cœur »
Ideal Music – Zahra Tamkin : par une journée d’hiver, nous nous sommes rendus à l’école de batterie Arian pour un entretien amical avec Ashoor Moradian, batteur du groupe de Mazyar Fallahi. Comme toujours, Moradian a répondu à nos questions avec patience et gentillesse. Voici l’entretien de Ideal Music avec Ashoor Moradian :
*Comment en êtes-vous venu à choisir la batterie ?
Chacun entre dans le monde de l’art en suivant
sa passion, et j’ai suivi la mienne. J’ai grandi dans une famille profondément artistique, et mon père était l’un des batteurs de la vieille génération en Iran. La présence de mon père dans ce milieu est sans doute la principale raison qui m’a attiré vers cet instrument.
* Avec quels autres groupes avez-vous joué ?
J’ai travaillé avec de nombreux groupes, mais la plupart des gens me connaissent grâce au groupe de Mazyar Fallahi. Au fil des années, j’ai travaillé avec M. Khajeh Nouri, Maani Rahnama et le groupe de rock Sair, avec lequel j’ai participé au Festival international de musique des jeunes, où nous avons heureusement remporté la première place. Il y a aussi Haman, le groupe dans lequel mes amis et moi jouons depuis 2003, et je peux vous promettre que de belles choses vont bientôt nous arriver. L’album de Haman sortira prochainement.
* Quel genre de musique écoutez-vous ?
Personnellement, j’aime le rock, et je suis un grand fan de Pink Floyd.
*Qu’est-ce qui, chez Mazyar Fallahi, vous a donné envie de poursuivre votre collaboration ?
Mazyar Fallahi est l’un de mes amis proches, et notre relation dépasse celle d’un musicien et d’un chanteur. Je peux dire sans hésiter que travailler avec Mazyar Fallahi, c’est une affaire de cœur. Le premier jour, ni lui ni moi ne nous connaissions, et le travail de musicien est une activité purement professionnelle. Mais aujourd’hui, dans le groupe de Mazyar, ce n’est plus ainsi pour moi : tout se fait dans l’amitié et avec le cœur. Travailler avec Mazyar est un honneur pour moi. Son caractère et sa personnalité sont uniques.
*Comment avez-vous rencontré Mazyar Fallahi ?
Quand il cherchait à compléter son groupe, je répétais avec d’autres musiciens, et on m’a présenté à M. Fallahi. Un jour, nous avons joué ensemble lors d’une répétition, qui, Dieu merci, s’est très bien passée et a débouché sur notre collaboration. J’entame aujourd’hui ma cinquième année avec Mazyar.
*On pense parfois que les batteurs ont un tempérament violent. Dans quelle mesure êtes-vous d’accord ?
Pas du tout. Cette idée vient peut-être du fait que la batterie est un instrument très dynamique, plus physique que les autres, toujours plein d’énergie et d’enthousiasme. Selon moi, le rôle d’un batteur est de faire monter l’excitation dans la salle, et comme tout musicien, je souhaite que ceux qui viennent à nos concerts en profitent pleinement.
*Il y a quelques années, on croyait que le public des concerts de Mazyar Fallahi était déprimé et triste. Votre entourage n’a-t-il pas essayé de vous dissuader de travailler avec lui ?
Ceux qui viennent aux concerts de Mazyar savent clairement quel style de musique ils recherchent, et Dieu merci, jusqu’à aujourd’hui, tous ceux qui sont venus à nos concerts sont repartis pleinement satisfaits. Mon entourage n’a jamais eu une telle opinion. J’aime beaucoup la musique de Mazyar. À mon avis, Mazyar Fallahi fait partie de ces chanteurs qui font une musique saine, et ses sentiments les plus profonds se retrouvent dans ses œuvres. On peut dire que c’est parce que Mazyar écrit lui-même ses textes, compose ses mélodies, fait ses arrangements et les interprète enfin sur scène. Je suis heureux de jouer aux côtés de Mazyar une musique saine et pleine d’émotion sincère pour notre public.
*Parlez-nous de votre expérience d’enseignant.
J’enseigne sans interruption depuis 4 ans, et ma façon d’enseigner a changé depuis mes débuts, parce que mes connaissances s’enrichissent et que j’acquiers de l’expérience jour après jour. Comme ceux qui enseignent la musique, j’aimerais transmettre ces connaissances aux passionnés. Bien sûr, le chemin est long et difficile.
*Les élèves s’intéressent-ils à la batterie ?
L’intérêt des élèves pour la batterie est très grand. Mais les difficultés liées à la pratique de cet instrument compliquent un peu les choses pour un batteur. La batterie est encombrante, demande beaucoup d’espace et fait partie des instruments coûteux. Si moins de gens s’y mettent, c’est peut-être aussi parce qu’elle fait beaucoup de bruit. Cela dit, pour débuter, les coûts sont moindres et le volume sonore plus faible, sans compter que la technologie nous aide à résoudre ces problèmes. Heureusement, à l’école de batterie, nous disposons de bons équipements pour l’enseignement.
*Comment êtes-vous parvenus à une telle entente entre les membres du groupe ?
Nous travaillons ensemble depuis longtemps, et la plupart des musiciens de notre groupe comptent parmi les meilleurs du pays. Selon moi, dans le groupe de Mazyar Fallahi, nous sommes tous comme une famille. Le facteur principal de notre entente est la présence de Mazyar et de son frère Khashayar Fallahi, dont la gestion avisée et la sagesse ont instauré une ambiance amicale au sein du groupe.
*Avez-vous un modèle particulier en musique ?
Oui : Pink Floyd. Je peux dire sans hésiter que c’est l’écoute de Pink Floyd qui m’a décidé à choisir cette voie.
*Parlez-nous de votre participation à la série Cœur de glace (Ghalb-e Yakhi).
Je me suis retrouvé dans ce projet par pur hasard. Vous trouverez peut-être amusant qu’une nuit j’aie rêvé que j’allais jouer dans un film. Le lendemain, j’en ai parlé à Khashayar Fallahi, qui, surpris et en riant, m’a annoncé que nous allions jouer aux côtés de Mazyar Fallahi dans la série Cœur de glace.
*Après Cœur de glace, pensez-vous à devenir acteur ?
J’ai joué dans quelques courts métrages et pièces de théâtre au lycée, et si l’on me fait une bonne proposition, pourquoi pas ? Je l’accepterais volontiers. Même si le métier d’acteur est très difficile, j’aimerais aussi en faire l’expérience.
* Avez-vous un souvenir particulier avec Ali Tabatabaei ?
Oui. Ali et moi étions très amis. Comme moi, Ali était supporter de Persépolis, et nous avions beaucoup de souvenirs communs autour du football. En 2012, il est même monté sur scène avec nous comme guitariste. Chaque fois que nous jouons « La lame de l’amour » (Tigh-e Eshgh), ce n’est pas seulement moi, mais tout le groupe qui est bouleversé.
*On a reproché au groupe de Mazyar Fallahi de ne pas avoir assisté aux obsèques d’Ali Tabatabaei. Qu’en dites-vous ?
Le soir de l’enterrement d’Ali Tabatabaei, notre groupe n’était pas à Téhéran, et malheureusement nous n’étions pas non plus en Iran pour la cérémonie du septième jour. Mais je connais les bonnes relations qu’entretenaient Mazyar et Ali, et je sais que M. Fallahi a fait envoyer une gerbe de fleurs au nom du groupe et qu’il s’est entretenu par téléphone avec Kamal Tabatabaei, le respectable père d’Ali. Pendant toute notre tournée de concerts en Europe, nous avons joué « La lame de l’amour » en mémoire d’Ali Tabatabaei.
*Quelle différence y a-t-il entre les concerts en Iran et en Europe dans leur organisation ?
Rien ne vaut l’Iran. Que ce soit en Iran ou à l’étranger, nous mettons la même énergie. À mon avis, les concerts organisés en Iran comptent parmi les bons concerts. Mais si l’on se place sur le plan technique, je dois dire que la sonorisation des concerts en Europe était excellente et que nous obtenions le meilleur son en un minimum de temps. Je suis fier de jouer parmi mes compatriotes en Iran.
*Que pensez-vous du retour en Iran des chanteurs installés à l’étranger ?
Revenir en Iran est une décision tout à fait personnelle pour chaque chanteur, mais à mon avis, les marchés étrangers ne répondent pas à leurs besoins. Ceux qui travaillent en Iran sont très forts.
*Quelle est, selon Ashoor Moradian, la meilleure chanson de Mazyar Fallahi ?
J’aime tout le travail de Mazyar, mais mes préférées sont « Je t’aime à en déborder » (Doostet Daram Labaleb) de l’album Cœur de glace, « Pour Baran » (Baraye Baran) de l’album Maudit sois-je (La’nat Be Man) et « Blé » (Gandom) de l’album Le septième mois (Mah-e Haftom).
*Dans quelle mesure pensez-vous à innover au sein du groupe ?
Je ne peux innover que sur mon propre instrument, et dans la mesure où cela sert la musique de Mazyar Fallahi. La batterie est un instrument qui doit être au service de la musique ; dans la musique de Mazyar en particulier, les nuances ont un impact très fort, et il faut servir la musique de façon très réfléchie.
*Racontez-nous votre meilleur souvenir des concerts de Téhéran.
Mon meilleur et plus important souvenir, c’est la présence de mon père à l’un des concerts : j’en ai tiré une énergie incroyable. De même, la présence d’Ahmadreza Abedzadeh, le footballeur le plus aimé de l’histoire de l’Iran, a mis une ambiance extraordinaire dans la salle.
* Un batteur peut-il utiliser d’autres sons dans sa batterie ?
Oui, mais pas avec n’importe quel instrument. On peut l’associer à des instruments de percussion et à des pads électroniques (Launchpad, etc.). Certains musiciens l’ont essayé et ont beaucoup travaillé dans ce domaine.
*Avec la vague de fusion entre musique traditionnelle et musique moderne de ces dernières années, peut-on associer la batterie aux instruments traditionnels ?
Oui, mais la fusion doit reposer sur des bases solides. Je pense qu’elle exige beaucoup de connaissances. Depuis quelque temps, j’étudie les musiques régionales d’Iran afin de pouvoir transposer ces rythmes sur mon instrument. Beaucoup de musiciens l’ont fait, et comme mon professeur, M. Moghaddam, j’ai voulu le faire moi aussi. Quand des maîtres internationaux sont venus en Iran, ils ont trouvé intéressant que nos musiciens jouent bien les rythmes étrangers ; mais lorsqu’ils nous ont demandé de jouer une batterie iranienne, cela nous a amenés à envisager une approche différente. À mon avis, le meilleur a déjà été créé en musique et nous ne faisons que le répéter, mais nos musiciens sont eux aussi exceptionnels et travaillent toujours avec précision et méthode.
*Pourquoi la batterie est-elle si peu utilisée sur les albums de musique ?
Malheureusement, bien que la batterie soit un instrument de base, on ne l’utilise pas sur les albums en raison du coût élevé de l’enregistrement, du manque d’équipements adaptés, ainsi que du manque d’expérience et de connaissance des techniques de prise de son de la batterie.
Hélas, sur beaucoup d’albums, on entend des rythmes et des grooves non conformes, ce qui tient aux arrangeurs qui écrivent des parties de batterie sans les connaissances nécessaires et sans même consulter un batteur.
*Comment le public a-t-il accueilli les concerts en Europe ?
Où que Mazyar Fallahi aille, l’accueil est excellent.
*À qui devez-vous le succès de votre groupe ?
Le succès est le fruit d’un bon travail d’équipe et de la gestion de ceux qui sont aux commandes. Le rôle de Khashayar Fallahi au sein du groupe, en tant que manager, est essentiel. Il est comme un grand frère pour moi et soutient tous les membres du groupe.
*Parlez-nous de la présence de Davood Jafari dans votre groupe.
La présence de Davood dans notre groupe est une grande chance : c’est l’un des artistes les plus cultivés en musique. Il donne des cours d’instrument et a ses propres admirateurs. Je vis avec Davood Jafari, et en tournée nous partageons la même chambre. Vous ne le croirez peut-être pas, mais Davood et moi passons la plupart de notre temps ensemble. Très souvent, un simple geste de sa main me suffit pour comprendre ce qu’il veut dire.